Au village nègre Sétif mes souvenirs
Au village nègre
Dans la rue étroite et pleine d'ordures ,
Des poupées sont là, riant sur le seuil
La gorge et les bras chargés de parures :
Leur honteux salaire et leur fol orgueil.
Dans la chambre basse où filtre un jour mauve
Des poupées sont là, peintes, sur le flanc
Avec des regards alanguis de fauve
A voir sous leurs pieds un homme tremblant.
Et moi qui les plains, les chante et les aime !
Un peu comme on aime un rêve obsédant -
Je songe à l'angoisse infernale et blême
Qui pourrait troubler leur âme d'enfant.
Mais - Dieu seul le sait - Ont-elles une âme
Ces poupées d' argent, de soie et de chair ?
Quand dans leurs yeux noirs vacille une flamme
Quand fuse l'éclat de leur rire clair...
Ont-elles une âme ?